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Agriculture & Pêche

Lorient, épicentre mondial de la résistance aux OGM

Le 9 mai 2017 par Françoise Thomas
Un champ de maïs transgénique au Kenya (Source: Wikicommons)

D’Inde, du Guatemala, du Burkina Faso ou de Grèce: ils sont venus, ils étaient tous là, des opposants aux OGM du monde entier, réunis il y a une semaine à Lorient pour arrêter une stratégie en mesure de contrer les ambitions des multinationales dont l’imagination s’affiche sans limite pour atteindre leurs objectifs: s’imposer au monde entier en matière alimentaire.

Environ 120 personnes, venues d’une trentaine de pays, ont participé aux deuxièmes Rencontres Internationales des Résistances (RIR) aux OGM, organisées à Lorient (Morbihan). Ces rencontres intervenaient après celles de 2016 qui se sont tenues à Ouagadougou (Burkina Faso).

Pour beaucoup, les OGM sont une question très éloignée de leur quotidien, un débat qui ne les concerne pas. Il suffisait pourtant d’entendre les témoignages des intervenants pour mesurer concrètement l’impact qu’ont les OGM sur la vie de nombreuses populations de la planète, à commencer par nous tous, même si les OGM sont officiellement interdits en France.

Comme l’a rappelé René Louail, ancien conseiller régional EELV et ancien porte-parole de la Confédération Paysanne (CP), « 20% du soja OGM importé en Europe passe par les ports bretons de Brest, Lorient et Saint-Nazaire (…) Les élevages de volaille, de porcs, la production laitière qui ne sont pas biologiques, sont entièrement dépendants d’une culture intensive de soja OGM en Amérique du Sud, destructrice de forêt et empoisonnant les populations locales par les pulvérisations de glyphosate et autres herbicides ». Destructrices pour les populations là-bas, mais pas bonnes pour celles d’ici non plus: car cela veut dire que, sans le savoir, nous ingurgitons tous des OGM de fait, bien qu’ils soient interdits en France, en achetant ces produits alimentaires du quotidien non bio: lait, viande, etc…

Ces rencontres ont d’abord été un vivier d’échanges extrêmement riches sur des expériences très diverses. De la Sud-Africaine Aviwe Biko, expliquant comment les OGM ont été introduits dans son pays dans la foulée de la démocratie après la fin de l’apartheid et l’arrivée de Nelson Mandela au pouvoir, à partir de 1994, à la participante indienne qui explique comment, « aujourdhui, 99% du coton indien est OGM. Il faut que notre expérience profite aux payx qui ne sont pas encore atteints, Nous, nous avons perdu! » Contrairement au Burkina Faso, qui vient spectaculairement de dire « Non » au géant Monsanto fin 2016, après sept années sous sa coupe.

« Dans ma province, Eastern Cape (à l’est du Cap), toute la région est touchée par la pauvreté car les OGM sont partout. Des gens tombent dans la misère et se détournent de l’agriculture car ils n’ont pas les moyens d’acheter ces semences », un achat qu’ils sont contraints de renouveler chaque année, contrairement aux semences traditionnelles, dénonce Aviwe Biko.

« Maintenant, il faut un permis pour détenir des semences traditionnelles. Moi, je ne vais pas aller demander un permis pour conserver ces semences qui sont notre histoire! », s’emporte la Sud-Africaine.

L’histoire rapportée par la Libanaise Lilia Ghanem, anthropologue et rédactrice en chef de la revue « Badael » (« Alternatives »), est édifiante. En Irak, les OGM ont été imposés au tout début de l’intervention américaine de 2003, à travers une ordonnance (N°81) portant notamment sur « la diversité des plantes », prise en 2004 par l’administrateur américain Paul Bremer qui gérait le pays après le renversement de Saddam Hussein.

« Dans une période de guerre, certains profitent de l’anarchie pour imposer leur loi en l’absence totale de législation du pays. Il n’y a jamais eu de loi sur ce sujet mais l’Irak a été contraint de signer pour 19 ans un monopole exclusif -reconductible sur une durée pouvant aller jusque 90 ans- pour nourrir la population », commente Mme Ghanem, « un contrat dont dépend la souveraineté alimentaire du pays ». « L’Irak est le seul pays où Monsanto est arrivé avec les chars », insiste-t-elle, dépitée.

« Les paysans qui se transmettent des semences anciennes sont désormais passibles de prison alors qu’existaient 200 variétés de blé différentes en Irak », affirme-t-elle, et qu' »avec les OGM, on ne peut pas replanter. Il faut racheter des semences chaque année », rappelle-t-elle. « Les Américains sont partis d’Irak, mais Monsanto est toujours là », accuse-t-elle.

 

 

« Se protéger » de l’influence des multinationales

 

La militante évoque aussi l’Egypte, dont les autorités ne cessent d’assurer qu' »il n’y a pas d’OGM dans le pays, alors qu’y sont cultivés notamment « du blé, du maïs et du coton OGM » et que les responsables des sociétés de semences implantées au pays des Pharaons « font régulièrement l’apologie de leurs produits ».

« Les guerres au Proche-Orient, qu’il s’agisse de la Syrie ou de l’Irak ne sont pas très loin de ces questions de souveraineté alimentaire », considère Lilia Ghanem.

« C’est un enjeu vital: si on abandonne ce petit segment économique que sont les semences aux multinationales, ça veut dire qu’on abandonne l’alimentation aux multinationales », s’inquiète Jean-Pierre Lebrun, du réseau « Semences paysannes ».

D’autant qu' »on assiste, développe le militant, à plusieurs évolutions en même temps. Avec la génétique et les analyses moléculaires, les progrès en informatique, on est pratiquement dans le virtuel où on fabrique de nouvelles semences dans les laboratoires sans les planter ». « Combien de temps allons-nous encore conserver le contrôle de nos semences? Les semences, c’est un minerai pour les multinationales, mais ce minerai, c’est le nôtre et nous devons nous protéger de cette prédation », analyse Jean-Pierre Lebrun.

« Se protéger », à l’image de Peliti, une communauté alternative à l’extrême-nord de la Grèce, au pied du massif des Rhodopes, à la limite de la Bulgarie, qui organise chaque année au printemps un rendez-vous d’échange des semences locales. Peliti se donne aussi pour objectif de collectionner et préserver les variétés locales de semences, d’une richesse sans pareille grâce à la multitude d’îles et de micro-climats en Grèce.

Le rassemblement de Lorient se situe d’ailleurs dans la lignée de Peliti, comme des travaux du tribunal citoyen informel de La Haye qui a rendu, le 18 avril dernier, un avis consultatif visant à faire évoluer le droit international sur ces questions.

Le constat établi, que faire? D’abord une meilleure information des populations. « Les paysans n’ont pas vu le côté pervers des OGM. Ils n’y ont vu de prime abord qu’un moyen de développement potentiel, avec un travail des champs moins pénible », relève le représentant du Burkina, quand sa collègue équatorienne observe, à propos des communautés amazoniennes dans son pays, venues tardivement à l’agriculture: « elles n’ont pas accès à l’information, elles ne savent pas ce qui se passe en dehors ».

Un autre objectif est de proposer une option alternative à « l’agro-chimie », en particulier à travers l’agro-écologie, comme y travaille au Burkina Faso l’association Tinga Neere (« Terre meilleure ») avec l’appui de l’association bretonne Ingalañ (« Partager »), l’une des organisatrices des rencontres de Lorient. « On y obtient de très bons résultats, particulièrement sur le soja », assure Hervé Le Gal, une des chevilles ouvrières des RIR.

L’heure est à la mobilisation. « Les multinationales ont déjà leur plan de bataille. Elles ont décidé de modifier la définition des OGM: puisque les peuples n’en veulent pas, on va leur en servir sous un autre nom. Comment va-t-on faire, si les OGM sont étiquetés +non OGM+ », s’interroge Guy Kastler, l’un des fondateurs de la Confédération Paysanne et l’un des responsables de « Semences paysannes ».

« Nous devons mettre sur pied un plan de bataille pour convaincre nos gouvernements de refuser ces OGM nouvelle formule », conclut le militant. Les multinationales « ont fait leur convergence: dépêchons-nous de faire la nôtre! »
« Nos semences, nos connaissances et nos savoir-faire sont notre héritage, notre culture, notre fierté. Elles ne sont pas des marchandises, nous seuls décidons avec qui nous les partageons. Nous refusons que l’industrie les vole pour en manipuler les gênes, s’en arroge les droits de prorpriété et qu’elle détruise, pays par pays, toutes les semencs et les races animales locales. L’industrie ne trompera pas les peuples en faisant passer ses nouveaux OGM (OGM cachés) pour des semences traditionnelles », ont proclamé les participants à l’issue de leurs travaux.

« Chaque année, pesticides et OGM provoquent de graves atteintes à la santé de plusieurs millions de personnes, et ce, avec la complicité des politiques et des industries. Leur impunité n’est plus supportable », ont-ils affirmé dans leurs déclaration finale, en annonçant la création d’un Front international contre les OGM et les pesticides, « en opposition aux firmes dont l’objectif est le contrôle de l’alimentation mondiale ».

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