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Politique

Portrait de candidat: l’insubmersible François Fillon

Le 15 mars 2017 par Erwann Lucas-Salouhi

Chaque semaine avant l’élection présidentielle, l’équipe d’Ar C’hannad vous propose le portrait d’un candidat à la fonction suprême. Parcours, idées, positionnement, nous faisons le tour de ce qui peut définir un candidat, entre prises de position qui relèvent de la communication et réalités du contexte de la candidature. Après l’ancien ministre de l’Economie Emmanuel Macron et le maire de Carhaix Christian Troadec, qui s’est finalement retiré, voici le candidat qui défraie le plus la chronique, François Fillon

Il avait remporté la primaire de la droite à la surprise de la majorité des commentateurs politiques. Une victoire qui en appelait une autre, pour la présidentielle, dans une élection qui semblait alors imperdable pour la droite. Mais, à moins de 40 jours du premier tour, François Fillon est embarqué dans une série d’affaires, et désormais mis en examen, bien loin de l’image de probité jusqu’ici construite, une situation qui vient assombrir son avenir politique.

Car depuis les révélations concernant l’emploi, potentiellement fictif, de sa femme en tant qu’attachée parlementaire depuis le milieu des années 80, c’est une véritable avalanche de faits nouveaux qui sont venus ensevelir le député de Paris, élu depuis plus de 35 ans, également ancien sénateur et ministre à diverses reprises. Une situation qui, qui plus est, ne semble pas chagriner grand monde au sein de son propre camp, malgré le risque de défaite pour tous.

Une impression de solitude au sein des Républicains qui n’est pas sans raison. Tout au long de sa carrière politique en effet, François Fillon s’est fait une spécialité de prendre la vague qui monte afin de faire avancer sa carrière. Dans un premier temps proche de Philippe Séguin, il abandonne ce dernier pour se rapprocher d’Edouard Balladur, avant de décider de rejoindre Jacques Chirac, qu’il laissera à son tour pour parier sur Nicolas Sarkozy.

Des louvoiements qui lui permettront d’être ministre une demi-douzaine de fois, la dernière en devenant le Premier d’entre eux sous la présidence de M. Sarkozy, qui le présentera comme un simple « collaborateur ». Une évolution des positions qui lui aura par ailleurs fait traverser l’ensemble des courants de pensée de la droite, partant du « gaullisme social » qui se méfie du libéralisme, pour finalement proposer, 30 ans plus tard, un programme résolument libéral-conservateur.

Désormais sur le devant de la scène et invité surprise à droite pour la présidence, il attire en un temps record l’attention sur un mode de vie jusqu’ici peu intéressant pour la presse, pour qui il n’était toujours qu’un second couteau à droite. La succession des révélations n’est pas à voir autrement: sous la lumière des projecteurs, les petites permissivités prises par le candidat qui se présentait comme éthique et droit ne pouvaient qu’attirer.

Si l’on en croit les révélation successives, François Fillon pourrait, dans les faits, avoir enchaîné les casseroles. Emplois potentiellement fictifs de sa femme à l’Assemblée nationale mais également de ses enfants pendant son court passage au Sénat, possible conflit d’intérêt dans le cadre de sa société de conseil 2F Conseil, risque de détournement de fonds publics au Sénat, manquement aux obligations de transparence pour les élus nationaux, prêts non déclarés, costumes offerts ou encore travail de son assistante parlementaire durant sa campagne présidentielle, interdit par la loi, les révélations n’ont cessé depuis le 25 janvier.

Pourtant, malgré cet enchaînement, malgré la mise en examen et malgré la promesse non tenue de ne pas se présenter, l’ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy reste en course pour une qualification au second tour de la présidentielle, synonyme d’une victoire presque assurée pour ce scrutin. Car s’il est sorti grandement affaibli de la séquence médiatico-judiciaire, force est de constater qu’il a réussi à maintenir sa base électorale dans des eaux qui lui permettent de garder espoir.

Selon les différentes enquêtes d’opinion, M. Fillon reste en effet crédité de 17 à 22% des voix, un score qui lui permettrait de talonner voire de dépasser Emmanuel Macron et accéder ainsi au second tour. Si sa communication a été par ailleurs largement critiquée, il faut reconnaître que le fait d’avoir annoncé bien en amont sa convocation en vue d’une mise en examen a retiré tout risque médiatique dans l’annonce de cette mise en examen, d’un point de vue médiatique, et par extension les effets potentiels sur l’électorat.

 

 

Se maintenir en cours, envers et contre tout

 

Chez ses électeurs, le député de Paris a même réussi à renforcer sa stature, donnant une impression de résistance, d’intransigeance et même de « courage » face à la pression subie. Dans le contexte politique relativement délétère, le choix d’axer sur une position de victime d’un complot politico-judiciaire a renforcé l’adhésion d’une base électorale qui a toujours eu beaucoup de mal à accepter le principe même d’alternance et rejeté toute légitimité d’un président de gauche.

C’est fort de ce soutien que l’ancien député de Sarthe peut revenir sur sa promesse d’alors, lorsqu’il assurait que seule une mise en examen le pousserait à se retirer de la course. En ayant fermé avec force la porte à un plan B, il a obligé les Républicains à le garder jusqu’au bout, ce qui lui permet aujourd’hui de justifier son retournement sur le sujet en mettant en cause le calendrier judiciaire. Un calendrier qui ne lui avait pas posé de problème lors des premières révélations, quand il espérait que l’enquête serait rapide.

La seule question est désormais de savoir quelle est l’importance de la base électorale totalement fidèle au candidat Républicain. Car tant la remise en cause de son image d’intégrité que son positionnement de plus en plus droitier semble également détourner de lui une part relativement importante de l’électorat centriste et même gaulliste.

« Qui imagine le Général de Gaulle mis en examen? » demandait François Fillon l’été dernier, pour discréditer ses principaux opposants à la primaire de la droite et du centre, Alain Juppé et Nicolas Sarkozy. Aujourd’hui cette phrase lui fait perdre une partie de l’électorat de droite. Pire, il n’est plus soutenu que du bout des lèvres par les centristes de l’UDI alors que les électeurs se détournent de plus en plus vers M. Macron. Un risque réel quand, pour la première fois depuis bien longtemps, le centre se retrouve représenté par un candidat susceptible de remporter une élection, en la personne M. Macron.

D’autant qu’une partie de la droite garde également en tête comment François Fillon avait pris le risque de faire exploser ce qui s’appelait encore alors l’UMP, fin 2012 début 2013, dans une lutte à mort avec Jean-François Copé pour le contrôle du parti. Une lutte qui était allée jusqu’à la création d’un groupe parlementaire dissident, durant trois mois, composé de 73 députés, autour du candidat Républicain. Une tentative qui s’était soldée par le retour, 18 mois plus tard, de Nicolas Sarkozy, qui renommera l’UMP en « Les Républicains », afin de de couper avec l’image dégradée du parti.

Malgré tout, François Fillon reste toujours en course. Et son programme, largement inspiré des théories libérales, peut encore être mis en application. Ce dernier prévoit une totale remise en question du modèle social français, entérinant une bascule vers le modèle anglo-saxon, une baisse importante des impôts, en particulier à l’intention des plus riches et des entreprises, une réduction drastique du nombre de fonctionnaires ainsi qu’un rabotage important des dépenses publiques. Quoi de bien surprenant de la part d’un homme qui estimait, en 2012, avoir hérité, en tant que Premier ministre, d’un Etat en bord de la banqueroute?

Ce programme, il est certain qu’il a séduit les électeurs de droite, qui se sont déplacés en nombre lors de la primaire des Républicains. Si M. Fillon a su convaincre sur son image de probité et de droiture supposée, il l’a également fait avec ce programme qu’il présentait lui-même comme étant de « rupture ». Depuis, nombreux sont ceux dans sa famille politique qui l’ont appelé à l’adoucir un peu, sans succès ou presque. Une stratégie qui, là encore, semble porter ses fruits auprès de son électorat cible.

Mais si elles existent, les chances de l’ancien Premier ministre semblent désormais faibles. Si les sondages réalisés actuellement, avec des électorats particulièrement changeants et un taux d’abstention potentiel qui pourrait être record pour une élection présidentielle, méritent d’être pris avec des pincettes, le retard qu’il semble accuser face à Emmanuel Macron et Marine Le Pen prend des proportions assez conséquentes.

Alors certes, François Fillon n’est toujours pas coulé, malgré les multiples torpilles reçues à mesure que son goût prononcé pour le luxe et l’argent apparaissait, une attirance que certains jugeront peu éthique et pour laquelle la justice devra se prononcer quant à la légalité. Mais d’une élection qui semblait imperdable pour la droite, le député de Paris en a fait un chemin de croix pour son camp, qui sortira fortement divisé, quelque soit le résultat.

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