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Environnement

Energy Observer, prouver que les navires propres existent

Le 14 avril 2017 par Françoise Thomas
(Energy Observer/Jeremy Bidon)

Posé depuis le week-end dernier comme une énorme araignée sur l’esplanade devant les remparts de Saint-Malo, l' »Energy Observer », l’un des tous premiers navires autonomes en énergie, va entamer un tour du monde de six ans en s’appuyant sur ce que nous offre chaque jour la nature: l’eau, le soleil et le vent.

Aucune énergie fossile pour déplacer ce catamaran de 30,5 m de long pour 12,80 m de large, à l’origine un « vieux »voilier de course construit en 1983 au Canada sur des plans de l’architecte renommé Nigel Irens et sous l’oeïl avisé du navigateur Mike Birch. Le plus grand au monde de ces bêtes de course à l’époque, le navire a été totalement reconfiguré et rallongé pour le projet d’environ six mètres.

« Ce bateau est un smart greed (réseau électrique intelligent, ndlr) flottant », résume Victorien Erussard, 38 ans, officier de marine marchande malouin et navigateur au large qui commandera le navire:  130 m2 de panneaux photovoltaïques, 2 éoliennes à axe vertical, une aile de traction intelligente qui alimenteront deux moteurs électriques convertibles en hydrogénérateurs.

Car la grande spécificité de l' »Energy Observer », c’est le recours à l’hydrogène, utilisé pour stocker l’énergie et pallier les jours sans soleil ou sans vent. Le navire va produire son propre hydrogène à bord par électrolyse à partir de l’eau de mer après dessalinisation, et ce, grâce à l’énergie solaire, hydrolienne ou éolienne qu’il génèrera.

Basé à Grenoble et Chambéry, le CEA-LITEN (Laboratoire d’Innnovation pour les Technologies des Energies nouvelles et les Nanomatériaux), où travaillent un millier de chercheurs,  a développé la pile indispensable pour transformer l’hydrogène en énergie. Ce laboratoire « nous a donné la crédibilité technique et scientifique pour ce projet », assure Victorien Erussard.

A entendre développer les atouts de l’hydrogène, on s’étonne qu’il ne soit pas davantage utilisé dans la vie courante: l’hydrogène – l’élément chimique le plus abondant dans l’univers, ce qui en fait une ressource inépuisable – contient jusqu’à trois fois plus d’énergie par unité de masse que le gazole et 2,5 fois plus que le gaz naturel. De plus, sa combustion ne rejette ni CO2 ni particules fines. Avant la seconde guerre mondiale, l’utilisation de l’hydrogène pour faire circuler les voitures était un projet d’avenir, brutalement interrompu par le développement de l’exploitation pétrolière.

L’Association française pour l’hydrogène et les piles à combustibles (Afhypac) – qui vient d’ailleurs d’interpeller les candidats à la présidentielle sur la nécessité de développer l’utilisation du H2 O, « chainon indispensable de la décarbonation de notre économie » – soutient évidemment le projet, « parfaite démonstration qe l’hydrogène permet d’intégrer les énergies renouvelables dans notre quotidien ».

« En faisant le tour de la terre avec 100% d’énergies renouvelables stockées à bord sous forme d’hydrogène, ce navire réalise une première mondiale et ouvre les portes d’une nouvelle ère sans énergies fossiles », a souligné l’association. Lyrique, elle inscrit l’expérience dans la lignée des Christophe Colomb et Vasco de Gama, explorateurs de nouvelles routes sur la carte du monde, quand « Energy Observer » montre « la voie vers un monde plus propre, où les énergies seront pleinement valorisées et où l’hydrogène aura toute sa place aux côtés d’autres vecteurs énergétiques ».

« Ce bateau se veut un symbole de la mixité énergétique (…) Pour pallier aux problèmes d’intermittence (du renouvelable), on a l’hydrogène que l’on peut stocker en amont », fait valoir Victorien Erussard.

 

 

Passer du « constat à l’action

 

L’idée du projet, lancée initialement par Frédéric Dahirel, avec lequel Erussard a notamment couru la Jacques Vabre 2007, est née de l’aventure de « Solar Impulse », l’avion solaire expérimenté par le Suisse Bertrand Piccard.  « J’avais parlé du projet à Nicolas Hulot qui m’avait encouragé à m’intéresser à l’hydrogène », rappelle le navigateur .

Comme il a été depuis leur rencontre en 2005 le parrain de tous les bateaux de Victorien Erussard avec lequel il a couru plusieurs raids en catamaran, Nicolas Hulot est le parrain de l’Energy Observer – « un capteur de solutions » qui « dessine un futur déjà présent »- dont il a soutenu le projet depuis ses débuts, à travers  notamment sa fondation. La directrice du CEA-LITEN,  Florence Lambert, en est la marraine.

Après une série d’étapes en France jusqu’à la fin de l’année, le navire, « une plateforme expérimentale testée en milieu extrême de l’équateur aux pôles », appareillera pour une « odyssée du futur » de six ans  sous toutes les latitudes: un tour du monde de 101 étapes sans émission de CO2, pour « partir à la découverte de solutions pour un futur plus propre »,  se réjouit Jérôme Delafosse, le chef d’expédition, 45 ans, écrivain et cinéaste, qui assure la partie communication « grand public » du projet.

« L’idée, c’est de rencontrer tous ceux qui innovent, de passer du constat à l’action, d’être inspirant » avec ce navire sur lequel « il y a de l’innovation sur à peu près tout ».

« +Energy Observer+ » est destiné à expérimenter des technologies qui seront utilisées dans notre quotidien dans un futur très proche et non dans des années », souligne Jérôme Delafosse.

L’expédition fera l’objet d’une série documentaire de 8 épisodes et de la création d’un média digital permettant au grand public de suivre en temps réel les différentes étapes et expériences du voyage.

Elle s’inscrira dans la lignée de Jacques-Yves Cousteau ou de Nicolas Hulot, en utilisant les innovations technologiques : réalité virtuelle et augmentée, l’immersion à 360°, son 3D ou live interactif.

Un partenariat a également été conclu avec l’UNESCO qui apportera son soutien et celui de ses représentants dans les divers pays visités, en particulier dans les domaines de la promotion des énergies renouvelables et de la diffusion de contenus pédagogiques.

Premier voilier à franchir en 1984 la barre symbolique des 500 milles en 24 heures, le catamaran d’origine, qui a remporté de nombreuses compétitions, a porté plusieurs noms: Formule TAG à ses débuts, ou encore Enza New Zealand, sous lequel il a remporté notamment le Trophée Jules Verne en 1994 sous la houlette de Peter Blake.

En 2013, après une dernière tentative de  tour du monde, Frédéric Dahirel récupère le bateau à Brest pour 500.000 euros, avec l’ambition d’en faire déjà le premier catamaran électro-éolien français.

Sa transformation en Energy Observer,  pour un coût de l’ordre de 4,5 millions d’euros, a été financée notamment par AccorHotels et Thélem Assurances ainsi que de nombreuses institutions et collectivités.

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